![]() | « Rien n’est vraiment une fatalité. Tout est possible pour qui croit en son engagement ». S’engager et résister aux chants des sirènes, à la facilité ou à la fatalité nécessite de trouver un juste équilibre personnel entre mon engagement, l’effort que cet engagement me demande et la pression psychologique que cela exerce sur moi. Et cela dépend aussi de paramètres externes : le contexte culturel et collectif, la nature de ce à quoi l’on résiste, le champ d’action (mon éco-système, ma région, mon pays, le monde entier), mes capacités et l’énergie que cela me demande. Il n’y a pas de réponse absolue, ce n’est qu’une question d’équilibre. |
Faut-il se soumettre aux règles et décisions opposées à nos valeurs ? Faut-il abandonner ses engagements à rendre le monde plus juste, éthique, responsable, collectif ? Faut-il abandonner son courage, sa volonté ? Faut-il céder à la fatalité ? Faut-il baisser les bras face à l’immensité de la tâche ? C’est souvent dans la résistance que l’on affirme son existence… à condition que cette résistance œuvre pour le bien commun et pas les intérêts personnels, politiciens… et à condition de ne pas y perdre son âme.
« Résister c’est exister », selon la pensée de J. Ellul
Jacques Ellul (philosophe, historien du droit, sociologue … ; 1912-1994) avait une certaine vision de la résistance visant à s’extraire de la vitesse, ne pas céder à chaque innovation, à la pseudo facilité, prendre le temps d’analyser les enjeux.
Il plaidait plutôt pour une attitude révolutionnaire au quotidien, à l’échelle individuelle avec des fondamentaux d’importance :
- La Non-puissance, 3ème voie entre la Puissance (capacité à faire) et l’Impuissance (subir). Elle consiste à posséder une capacité à faire mais à ne pas l’utiliser (un peu comme avec les Arts martiaux).
- La résistance sans l’usage de la violence. Car la violence appelle la violence.
- La contemplation (source de la force individuelle) plutôt que l’agitation frénétique.
- La décentralisation, au plus proche du terrain.
- L’Inclusion
Pour J. Ellul, la notion d’« exister » se distingue de celle de « vivre ». « Vivre » consiste à assurer ses besoins vitaux, sans vague « rester sagement dans le rang », ce qui n’est pas un problème en soi. Par contre, « exister » correspond plutôt à une réalisation de soi, ses engagements, ses valeurs… souvent stimulée par une forme de résistance.
« Résister c’est exister », pour le pire
Jacques Ellul a vécu à une époque où beaucoup prônaient la révolution pour renverser le système, lui n’a jamais cru aux potentialités d’un tel concept pour construire un monde meilleur.
La résistance n’a plus vraiment d’intérêt lorsque :
- Elle nécessite d’utiliser la violence. La violence n’aboutit finalement qu’à changer les têtes, et pas toujours pour le meilleur. S’opposer, résister, bloquer… juste pour devenir calife à la place du calife n’a pas vraiment d’intérêt.
- Elle permet aux résistants d’obtenir des avantages personnels, catégoriels, … Autrement dit, empêcher les autres, d’avancer ou tout simplement de travailler juste pour préserver ses intérêts ou autres avantages personnels.
- Elle dépasse nos capacités à faire, brûle toute notre énergie disponible, se consume dans l’impuissance face à l’immensité de la tâche et/ou l’indifférence générale.
« Résister c’est exister », pour le meilleur
D’un point de vue général, la résistance, qu’elle soit bruyante ou silencieuse, visible ou invisible, héroïque ou secrète, pour des causes actuelles (guerre en Ukraine…) ou futures (dérèglement climatique…) a des effets bénéfiques lorsque elle incarne :
- La volonté d’un peuple de reprendre en main le contrôle de son destin (Tian’anmen, printemps Arabe…).
- L’instinct de survie qui, parfois au péril même de sa vie, permet de faire capituler l’ennemi (Seconde guerre mondiale…).
- Une opposition justifiée à une régime politique liberticide, à une mouvance extrémiste, à un projet de société anti-social (raciste, lutte des classes…), à une stratégie d’entreprise néfaste, à une idée destructrice, des comportements répréhensibles (drogue, maffia…)…
- Une urgence d’agir pour le bien commun et la planète (accès à l’eau, zéro faim-pauvreté-discrimination-…, préservation des milieux naturels et des espèces, éducation, énergie propre…).
A noter toutefois qu’il convient de résister « pour » plutôt que de résister « contre ». Résister et s’opposer lorsqu’on n’a rien de crédible, de viable, de vivable à proposer peut être très vite contre productif. On résiste pour la souveraineté (Mercosur…), pour des produits responsables (Shein, Temu…), pour l’indépendance énergique (Nucléaire…), pour des comptes à l’équilibre (Budget de l’État…)… C’est beaucoup plus crédible… et un peu plus compliqué !
Sur le plan individuel, cette résistance a aussi des effets bénéfiques :
- C’est un moteur de l’action, poussant à dépasser ses limites, à forger son identité…
- Ça permet d’aller jusqu’au bout de ses rêves, de ses passions, de son engagement…
- Elle permet de combattre ses propres peurs, habitudes, zones de confort.
- Ça permet de faire front, de faire valoir son indépendance, de revendiquer telle ou telle valeur qui nous est chère, de dire stop à tel ou tel abus, de combattre le laisser-aller…
À condition toutefois de ne pas se mettre de contraintes excessives au point de se rendre la vie impossible.
À chacun sa part. Vous ne pourrez plus dire que vous ne le saviez pas !
